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Alors que le virus grippal A (H1N1)v continue à circuler sans avoir encore provoqué la catastrophe sanitaire mondiale redoutée et tandis que les premiers vaccins pandémiques dirigés contre ce virus sont enfin disponibles, une autre épidémie se propage: celle du doute ! Ces vaccins sont-ils nécessaires? Cette grippe A est-elle véritablement dangereuse? Ces vaccins sont-ils sûrs? Si l’on en juge par le dernier bulletin épidémiologique de l’Institut de Veille Sanitaire, la situation en France ne semble pas encore préoccupante. Cependant, l’OMS conseille aux pays de l’hémisphère Nord de se préparer à une seconde vague de propagation pandémique. Les données épidémiologiques nous indiquent que depuis avril 2009, il y a eu dans le monde entier plus de 375000 cas confirmés en laboratoire de grippe pandémique A (H1N1) et plus de 4500 décès signalés à l'OMS (1). Sur la base des éléments actuellement disponibles, la létalité de la grippe A (H1N1) 2009 est proche de celle de la grippe saisonnière. Cependant, à la différence de ce qui est observé au cours des grippes saisonnières, la grippe A (H1N1) 2009 a affecté principalement les sujets âgés entre 5 et 50 ans, la plupart des formes graves et des décès ont été observés chez des sujets de moins de 60 ans (75%) (2,3). De plus, environ un tiers des décès sont survenus chez des sujets sans co-morbidité associée, les femmes enceintes constituant un groupe particulièrement à risque (4) et l’obésité apparaissant comme un nouveau facteur de risque. Des incertitudes persistent concernant l'impact de la résurgence prévue dans l'hémisphère Nord. L’analyse des données épidémiologiques et cliniques des pays de l’hémisphère Sud montre que la progression de l’épidémie se fait par vagues (5). Selon le scénario retenu qui se veut optimiste, une nouvelle vague est attendue en France avant l’hiver avec un taux d’attaque (nombre de cas infectés rapporté à la population) de 10 à 15%, suivie d’une ou deux autres vagues avec un taux d’attaque cumulatif de 25 à 30%. Ne serait-ce que lors de la première vague automnale, le nombre de cas et de décès serait 2 à 3 fois ceux observés lors d’une grippe saisonnière importante, le nombre d’hospitalisations serait multiplié par 7 à 10 et celui des cas admis en réanimation multiplié par 20 à 30. La mise en œuvre tardive de la vaccination contre la grippe pandémique A (H1N1) 2009 la rend moins efficace d’un point de vue épidémiologique, son objectif principal est la réduction du risque de formes graves et de décès. Ainsi, le Haut Conseil de la santé publique recommande, dans un avis rendu le 2 octobre 2009, que soient vaccinés en priorité les groupes de population à risque: femmes enceintes à partir du second trimestre, nourrissons âgés de 6-23 mois atteints de pathologies chroniques sévères, entourage des nourrissons de moins de 6 mois, sujets âgés de 2 à 64 ans avec facteur de risque,.... et les personnels de santé ne serait-ce que pour assurer la continuité des soins. Trois vaccins contre le virus A (H1N1)v ont actuellement obtenu une autorisation de mise sur le marché de l’EMEA (European Medicines Agency): deux vaccins avec adjuvant, produits sur œuf, inactivés, fragmentés (Pandemrix® et Focetra®) et un vaccin sans adjuvant, virion entier inactivé, cultivé sur cellules Vero (Celvapan®). Ces vaccins dits « pandémiques » ont été développés en 4 mois sur la base d’un prototype préexistant et adaptés ultérieurement à la souche désignée par l’OMS. Outre les composés qui permettent l'immunisation, d'autres constituants entrent dans la composition de ces vaccins. Les adjuvants ont pour objectif non seulement de diminuer la quantité d’antigènes par dose de vaccin mais aussi de favoriser une réponse immunitaire croisée, dans l’éventualité d’une mutation du virus. Les adjuvants utilisés dans les vaccins pandémiques actuels sont à base de squalènes, ils ont déjà été utilisés dans d’autres vaccins avec un bon profil d'innocuité. Enfin, le thiomersal qui est un composé contenant du mercure est utilisé comme conservateur des vaccins et contribue à en prévenir la contamination bactérienne. L’existence d’un risque neurologique, associé à l’exposition précoce à cette substance n’a jamais pu être confirmée. Les doses minimes présentes dans ces vaccins excluent a priori tout risque de toxicité. Par ailleurs, l’association entre la vaccination antigrippale et la survenue d’un Syndrome de Guillain-Barré a été évoquée pour la première fois en 1976 aux USA, lors de la campagne de vaccination contre le virus A/New Jersey/H1N1 (il s’agissait d’un vaccin entier sans adjuvant). Cela n’a pas pu être confirmé. En revanche, la grippe est un facteur de risque possible du Syndrome de Guillain-Barré. Les données à ce jour laissent supposer que les vaccins contre la grippe pandémique sont aussi sûrs que les vaccins contre la grippe saisonnière. Toutefois des manifestations rares peuvent survenir lors de leur administration à plusieurs millions de personnes. Aussi, l’AFSSAPS a mis en place un dispositif renforcé de surveillance des effets indésirables permettant de détecter et d’analyser tout signal alarmant. Malgré toutes les informations transmises par les autorités sanitaires, il n’est que de consulter le site du Ministère de la Santé et des Sports, une majorité des personnes interrogées, en France comme dans d'autres pays d'Europe, ne souhaite pas se faire vacciner contre le virus grippal A (H1N1)v. Alors que l'éradication de la variole a été considérée comme l'un des plus grands triomphes du 20ème siècle en médecine, la question de l’éradication des maladies infectieuses, évolue aujourd'hui sous l’angle de l’éthique (6,7).
1 - Pandemic (H1N1) 2009 - update 69, OMS octobre 2009 2 - Critical Care Services and 2009 H1N1 Influenza in Australia and New Zealand. N Engl J Med. 2009 Oct 8. [Epub ahead of print] 3 - Hospitalized Patients with 2009 H1N1 Influenza in the United States, April-June 2009. N Engl J Med. 2009 Oct 8. [Epub ahead of print] 4 - H1N1 2009 influenza virus infection during pregnancy in the USA. Lancet. 2009 Aug 8;374(9688):451-8. Epub 2009 Jul 28. 5 - Note sur la sévérité de l’infection A (H1N1) 2009 dans le monde. InVS, 25 septembre 2009 6 - Is disease eradication ethical? Lancet. 2009 Jun 27;373(9682):2192-3 7 - Disease eradication is possible and ethical. Lancet. 2009 Oct 3;374(9696):1144; author reply 1144
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