Le téléphone pénètre tous les milieux sociaux, et parfois des milieux dans lesquels on lit très peu.
Ladislas Mendel ne travaille pas pour les intellectuels qui savent tout lire ou les jeunes qui n’ont pas de problèmes de vision et lisent parfaitement le mini-annuaire.
La petite taille des caractères n’est pas seulement justifiée par l’économie de place et donc la baisse du coût de fabrication. Cela permet également de ne pas multiplier le nombre de volumes et d’en simplifier la consultation.
Mandel a donc analysé comment les lecteurs appréhendent une page typographique, par l’expérimentation sur de très petits corps. « On croit que dans les très petits corps on ne voit pas la lettre, mais pourtant on la lit, dans la lecture globale que l’ont fait des mots… » 
Comparatif de quelques-uns des annuaires réalisés par Ladislas Mandel
Les recherches de Leclerc (1843)
Ce notaire a démontré que la partie supérieure des lettres est suffisante pour la lecture. Il a donc proposé de supprimer la partie basse, et de réduire ainsi, de moitié, tous les frais d’impression…
Le caractère “gestuel” est plus lisible
Les “accidents” rencontrés dans la partie supérieure des lettres (issus des tracés d’attaques) aident à la reconnaissance des formes. Alors qu’en haut les caractères “à modules” rendent impossible la lecture différenciée des caractères.
La silhouette du mot
Nous ne lisons pas les lettres, mais les groupes de lettres. Une “imagemot” constituée d’une silhouette particulière, unique pour chaque mot, tel qu’on peut le reconnaître dans le dictionnaire.
L’image radiographique
Chaque mot est constitué d’une image “radiographique” intérieure, formée de l’alternance rythmée des blancs et des noirs. Le “blanc interne” du mot est l’image des contre formes des caractères.
On pense souvent que dans une bonne typographie c’est toujours la fonction du texte, qu’elle soit poétique, scientifique, spirituelle, littéraire, informationnelle ou exhibitionniste qui détermine la forme de l’écriture et son ordonnancement. Mandel explique que "les formes des lettres - comme toutes les formes visuelles - contiennent et expriment une réalité, une pensée ou une sentiment. Cette expression se superpose naturellement à leur signification conventionnelle et prend toute sa valeur à l'intérieur d'une culture spécifique, où les individus vibrent généralement aux mêmes résonances."
Une question se pose donc : Comment façonner un caractère typographique qui serait en communion avec un groupe de lecteurs donné? C'est à dire, en l'humanisant autant que possible pour le public.
Comment améliorer la lisibilité des caractères en petits corps ?
Pour la lecture discontinue des caractères d’annuaire, Mandel a “sacrifié” la silhouette du mot, pour grossir les bas de casse (caractère à “gros oeil”) et les faire paraître ainsi plus grosses pour une hauteur de corps identique. Les rythmes des “blancs internes” des mots ont réintroduit de la lisibilité. Le gain de place a donc été réalisé sur l’interlignage des colonnes. On peut noter qu’un caractère plus petit mais large sera plus lisible qu’un caractère gros étroit.
La troisième et la quatrième génération de machines de photocomposition vont afficher les caractères sur film, à une définition qui n'est plus photographique, mais "matricielle". Ce système permet d'éviter l'altération des contours de la lettre en petit corps. 
De gauche à droite, (flashé à 1 000 dpi) et agrandi 10 fois.
Pour éviter cette déformation à faible résolution, Ladislas Mandel a eu l'idée de dessiner lui-même cette version pixel "basse définition". D'après ses dessins originaux tracés sur calque en "trait continu", il a interprété en pixels le dessin de chaque lettre, en le superposant à la grille correspondant à la résolution de flashage choisi.
En 1983, les éditions MESSIDOR et le ministère de la Culture demandent à Ladsislas Mandel de dessiner un caractère pour éditer les oeuvres complètes de Victor Hugo : Le Messidor. Un caractère de bonne lisibilité en corps 12. Ce caractère lui permet, entre autre, de démontrer qu'en France il est possible de numériser des caractères pour la photocomposition, sans passer par les fabricants de machine, et de créer un caractère de tradition française. 
Le Messidor a d’abord été numérisé pour la photocomposition à l’Imprimerie nationale. La version PostScript a été réalisée en 1997, d’après les dessins de Ladislas Mandel, par Thierry Gouttenègre, graphiste et dessinateur de caractères à Grenoble (nombreuses créations et recréations chez Alfac, le Vizille est son caractère le plus récent).
Aujourd’hui, aucun caractère ne peut prétendre refléter, à lui seul, l’image complexe de la société française. C’est pourquoi, le Messidor est bel et bien une “préparation” culinaire – façon Mandel. Une pincée de rigueur et un zeste de sensualité. Un soupçon de gothique, un filet d’humanisme.
"Dans une écriture typographique ou manuscrite, je trouve beaucoup plus de vérité que dans l’Histoire écrite, où l’on ment, et que l’on refait tous les jours. Dans l’écriture on ne peut pas mentir. C’est l’expression directe de l’homme, avec son corps et son esprit."
Mots-clés : annuaires téléphoniques, basse résolution, Isabelle COSTA, Ladislas Mandel, lisibilité, Méssidor, petits corps, tradition française
