On peut d'abord considérer la lisibilité d'un caractère typographique en prenant en compte la facilité de reconnaissance des lettres les unes par rapport aux autres : certaines fontes de titrage au dessin particulièrement exubérant ou, à l'inverse, à la structure exagérément économe – les caractères géométriques (1), par exemple, dont il est possible de construire plusieurs lettres à partir des mêmes éléments modulaires – risquent de poser des problèmes dans le cadre de cette « lisibilité de différenciation ».

Ces difficultés sont d'ailleurs soit de nature absolue – un signe au dessin tellement original qu'il en devient méconnaissable –, soit relative – la distinction entre plusieurs signes insuffisamment différenciés (2).

Vient ensuite la « lisibilité de continuité », c'est à dire, le confort de lecture du caractère composé en texte courant : c'est là un registre tout à fait différent, et un caractère très performant de point de vu de la lisibilité de différenciation ne fait pas forcement un bon caractère de lecture continue – c'est souvent le cas de ceux dotés d'une hauteur d'œil importante, dont les signes considérés individuellement restent très lisibles en petits corps, mais dont les ascendantes raccourcies empêchent une bonne lisibilité de continuité. (Oui je sais c'est assez complexe!) Celle-ci s'appuie en effet sur les caractéristiques physiologiques de la lecture – déplacement horizontal du regard, perception des lettres non plus isolément, mais par groupe de quatre ou cinq signes, importance de la moitié supérieure des lignes par rapport à leur moitié inférieure, etc. –, auxquelles de nombreuses études scientifiques ont été consacrées depuis la fin du dix-neuvième siècle. Les critères (3) communément admis pour un confort de lecture optimal sont, d'ailleurs, autant liés au dessin du caractère lui-même – hauteur d'œil moyenne, signes nettement différenciés, axe oblique, contraste mesuré, empattements marqués – qu'au mode de composition – longueur de ligne comprise entre 55 et 80 signes, interlignage important, etc.

Index :
Signes : Tous les éléments typographiques tels que lettres, ponctuation et espaces.
(1) : Le Gestalt est un caractère expérimental conçu en 1991 par l'Américain Jonathan Hoefler comme une exploration des limites de la lisibilité de différentiation : chaque signe n'est qu'une forme abstraite minimale qui n'est identifiée comme une lettre que dans le contexte spécifique de la langue écrite, d'où la traduction Allemande de Gestalt qui veut dire Forme.
(2) : La lisibilité de différentiation est un paramètre important dans la cas des caractères spéciaux destinés à la signalétique, dont la lecture se fait souvent dans des conditions difficiles. C'est le cas de l'alphabet dessiné en 1916 par Edward Jonhston pout le métro de Londres : le coude du « L » bas-de-casse n'est pas un choix esthétique, mais bien une solution destinée à marquer la différence avec le « i » capitale dont le signe est souvent identique.
(3) : Quatres caractères de texte : si le Garamond et le Caslon (deux premières phrases) satsifont à tous les critères de la lisibilité de continuité, le Century (troisième phrase) compense sa forte hauteur d'œil par des empattements plus nettement accusés, tandis que la faible hauteur d'œil du Gill Sans (quatrième et dernière phrase) lui permet de rester performant malgré son absence d'empattements.
Mots-clés : caractère, composition, formes typographiques, Isabelle COSTA, lisibilité, lisibilité de continuité, lisibilité de différenciation, publicité, titrage, typographie

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