Se connecter


Vous êtes membres de l'université Paris Descartes ?
Connectez vous et participez aux Carnets de l'université Paris Descartes.
Votre première connexion entraînera automatiquement la création d'un blog personnel et d'un profil.

Isabelle Costa :: Blog :: [..::Dossier::..] Le caractère invisible


19
jui 07

Stanley Morison  Stanley Morison en 1964 : il était encore, à 75 ans, le 
  principal  conseillé de la firme britannique Monotype, un
  poste qui lui permit pendant quatre décennies de marquer
  de son influence le monde de la typographie anglo-saxonne.

 

 
  Times New Roman

    C'est le caractère le plus utilisé au monde, celui qui s'affiche par défaut sur la plupart des logiciels de traitement de texte, celui que lisent chaque jour des millions de personnes dans les contextes les plus divers : notes internes, rapports, mémoires, thèses, comptes rendus, ordres du jour, etc. Paradoxe : à l'origine, le Times New Roman (Vous l'aviez bien sur reconnu, d'autant qu'il s'affiche en grand un paragraphe plus haut!) n'avait pas vocation à être diffusé de façon aussi massive puisqu'il a été mis au point pour répondre aux besoins spécifiques d'un client bien particulier... aller, c'est pas difficile à deviner... un petit effort... bon, ok un indice : la réponse est dans la question... mais oui, bien sur, le quotidien londonien The Times. L'homme qui en a initié et supervisé la création, l'historien et typographe britannique Stanley Morison (hé non il ne s'appelait pas Mr New Roman!) (1889-1967), était animé d'une conception très particulière de la typographie : il considérait, en effet, que la première vertu d'un caractère de lecture devait être son manque absolu de personnalité afin que rien ne vienne s'interposer entre le contenu du texte et le lecteur.
Après l'introduction du Times New Roman dans les colonnes du journal, le 3 octobre 1932, Morison se félicita même de ce que son caractère avait « l'air de n'avoir été dessiné par personne en particulier ». Et pour cause : création hybride et synthétique, le Times New Roman s'inspire de plusieurs archétypes classiques dont il cherche à additionner les qualités – la robustesse des fontes utilisées par l'imprimeur Christophe Plantin (1520-1589), le dessin légèrement condensé des caractères hollandais du XVIIe siècle, les formes claires et les détails acérés du Caslon (1725), etc. Le Times New Roman est le premier caractère typographique conçu de cette manière, et il n'est pas douteux que l'on puiss attribuer une partie de son succès à cette genèse particulière : alors qu'il résume tous les styles classiques, il n'est pourtant apparenté à aucun en particulier. Totalement original, il respecte cependant les canons de la typographie de texte traditionnelle. Il constitue désormais en lui-même un archétype : pour nombre d'utilisateurs et de lecteurs, il est dorénavant LE caractère à empattements par excellence, une position qu'il doit également à ses très bonnes performances techniques : économique, grâce à son faible encombrement horizontal, il est malgré tout très lisible (même en petit corps) et d'un parfaite netteté de dessin, ce qui constitue un atout non négligeable dans des contextes de production où l'impression reste d'une qualité médiocre, comme les quotidiens ou les livres de poche. 

                                Times New Roman

Mots-clés : Caslon, Christophe Plantin, empattements, Stanley Morison, The Times, Times New Roman

Envoyé par Isabelle Costa | 32123 visites

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.