Il est techniquement possible de concevoir un livre en n'utilisant qu'un seul caractère typographique dans un seul corps : c'est d'ailleurs souvent le cas, par exemple, pour l'édition litteraire. Encore faut-il que ce dernier existe dans deux versions complémentaires et, en l'occurence, absolument indispensables : le romain et l'italique.
On a trop souvent tendance à considérer l'italique comme une variante penchée du romain. Ce n'est pas exactement le cas : les deux formes existaient indépendamment l'une de l'autre avant que l'on prenne l'habitude de les utiliser conjointement. Aujourd'hui encore, le romain constitue le caractère de texte standard, l'italique intervenant comme une élément permettant de distinguer certaines parties du texte – citations, titres, mots ou locutions d'origine étrangères (1). Cet emploi discriminant de l'italique explique justement que celle-ci ne puisse pas être simplement une version penchée du romain : si c'était le cas, la différence entre les deux formes ne serait pas suffisament visible et l'effet recherché ne serait pas atteint.
Une véritable italique (2) doit, certes, entretenir des rapports formels avec le caractère romain qu'elle accompagne (très fidèles les italiques et les romains!) – du point de vue des proportions, par exemple – , mais elle doit aussi s'en dissocier assez nettement (très indépendants aussi!). La pente ne constitue d'ailleurs pas le critère de différenciation le plus important : il existe des italiques très peu penchées qui remplissent pourtant parfaitement leur rôle. Il est beaucoup plus utile que l'italique soit nettement plus étroite que le romain, afin de présenter à l'œil une texture plus serrée qui tranche visuellement dans le corps du texte. En revanche, cela empêche l'italique d'être employée seule pour la composition de textes longs : son rythme plus saccadé en rend la lecture continue difficile. Enfin, une véritable italique doit globalement présenter une structure cursive : conçue à l'origine à partir d'une écriture manuscrite du quinzième siècle appelée minuscule de chancellerie, l'italique typographique présente généralement des variantes de lettres plus dynamiques, notemment dans les bas-de-casse, qui concourent égalment à lui donner une apparence globale différente de celle du romain et lui permettent de jouer son rôle de manière performante.
Index :
Pente : Calculée par rapport à la verticale, la pente d'une italique varie le plus souvent entre 7° et 12°.
Cursive : Dont les formes traduisent le mouvement de la main qui écrit : la construction inintérompue, la pente, les lettres liées entre elles, etc. sont des signes de cursivité.
Minuscule de chancellerie : Écriture cursive employée pour la correspondance par les secrétariats princiers de la Renaissance.

(1) : Les principaux usages codifiés de l'italique : noms d'établissements commerciaux, titres de periodiques, d'œuvres littéraires ou artistiques, locutions étrangères, mais aussi comme formule d'insistance ou pour mettre en évidence les éléments distincts du texte (renvois, indications scéniques au théâtre, etc.). 
(2) : Quatres couples romain/italique : si le changement d'angle reste une constante, il est parfois très peu prononcé, comme en témoigne le deuxième exemple. Par ailleurs, elles présentent toutes, à des degrés divers, des caractéristiques de cursivité visible dans la forme de lettres comme a, e ou f.
Mots-clés : cursive, Isabelle COSTA, italique, minuscule de Chancellerie, pente du caractère, romain, texture, typographie
