La session de juin 2008 du séminaire TEMATICE (le 25 juin 2008) a permis à Thérèse Laferrière, professeur en sciences de l'éducation à l'Université Laval, d’effectuer une présentation des travaux de son groupe de recherche : TACT (TéléApprentissage Communautaire et Transformatif (http://www.tact.fse.ulaval.ca/tact3/apropos3.html).
D’après le site de TACT, il s’agit d’un « collaboratoire axé sur le design, la formation, la recherche et la coélaboration de connaissances », faisant partie du Réseau des centres d'excellence en téléapprentissage. Les travaux menés s'appuient sur des théories d'inspiration constructivistes, sur des références comme Lave et Wenger, Bereiter, Scardamalia, Bransford, Ann Brown, Donald Schön (cf. références en bas de ce billet).
L’approche de recherche relève du « design research », c’est à dire qu’elle s’appuie sur des interventions donnant lieu à une analyse réflexive de ce qui advient et à des ajustements successifs. De tels choix sont proches de ceux du « design experiment » tel que le promeuvent par exemple certains chercheurs américains et que certains de nos collègues traduisent par « expérimentation de devis sociotechniques. » (par exemple Breuleux et al 2002). Cette approche est dans la tradition de la recherche action en en changeant un peu les finalités.
Parmi les notions utilisées, en particulier, celles de participation périphérique légitime (Lave & Wenger, 1991) et celle de construction de savoir (Knowledge building), développée par Scardamalia et Bereiter (p.ex 2006).
L'idée fondamentale de cette dernière approche est de favoriser le développement de savoir (knowledge) par les élèves en mettant l'accent sur les processus d'amélioration de ce savoir : « les modèles et les théories développées par les élèves doivent être jugée non pas tellement en fonction de leur conformité au savoir accepté mais en fonction de leur valeur comme outils permettant des développements futurs ». Plus précisément, ce qui est visé, ce n'est pas le savoir « à propos de » mais le savoir « de » et, plus encore, l'apprentissage intentionnel, qui s'oppose à un apprentissage stratégique ne visant qu'à satisfaire au moindre coût aux demandes des enseignants. Dans ce processus, le discours coopératif est essentiel. Bereiter et Scardamalia ont développé des outils informatiques visant à soutenir ce processus. On peut citer CSILE (Computer supported intentional learning), puis Knowledge Forum (KF)1.
Ce dernier type d'outil, qui repose sur la création de fils d'interventions, comporte également un système de marqueurs des interventions (appelés « échafaudages »).
Un des cas présentés par T. Laferrière est une action visant à intégrer la théorie et la pratique dans la formation des futurs maîtres. Elle a visé à créer des communautés d’apprentissage travaillant de manière collaborative. Pour cela, le « Knowledge Forum » a été utilisé. Les principes d’évaluation ont été très détaillés et, en règle générale, la participation a été très encadrée, au moins dans un premier temps, celui de l’amorçage d’un processus de développement d’une communauté de production de savoir.
Un réseau d'écoles est associé au programme de formations des enseignants de l'Université Laval (Ecoles associées en réseau, EAR). Parmi elles, une école secondaire offre un programme dit PROTIC, qui a lancé en 1997 une opération d'intégration des technologies. Dans celle-ci, les enfants dont les parents le souhaitent acquièrent un ordinateur portable et l'enseignement est fondé sur la création de communautés d'apprentissage les utilisant. Les classes PROTIC sont un lieu d'accueil logique pour les étudiants du programme de formation d'enseignants.
Les résultats cités par Thérèse Laferrière suggèrent que les résultats des élèves PROTIC à des épreuves normalisées comme celles de PIRLS sont un peu meilleurs que ceux de leur groupe d'appartenance.
D'autres exemples ont également été donnés, en particulier un projet s'intéressant aux écoles éloignées en réseau (EER); développé dans le contexte du Canada mais pouvant être sans doute transposé ailleurs.
Il me semble que le très grand intérêt des travaux menés dans cette orientation de recherche, est d'étayer l'intérêt de l'usage de technologies de la communication au service de projets pédagogiques fondés sur des théorisations et armés par des choix explicités.
Références
BRANSFORD, J. D., BROWN, A. L., & COCKING, R. R. (2003). How People Learn. Brain, Mind, Experience, and School. Expanded Edition, with additional material from the Committee on Learning Research and Educational Practice Committee on Developments in the Science of Learning / Commission on Behavioral and Social Sciences and Education. National Research Council. NATIONAL ACADEMY PRESS. http://siona.udea.edu.co/~jfduitam/curriculo/doc/How%20people%20learn.pdf
Breuleux, A., Ericksson, G., Laferrière, T., & Lamon, M. (2002). Devis sociotechniques pour l’établissement de communautés d’apprentissage en réseau pour l’intégration pédagogique des tic en formation des maîtres. Revue des sciences de l'éducation, 28(2), 411–434. http://www.erudit.org/revue/rse/2002/v28/n2/007361ar.html.
Laferrière, T., Deschênes, M., & Gaudreault-Perron, J. (2007). Rapport sur la réussite au Cégep de Sainte-Foy des diplômés du programme PROTIC offert par lécole Les Compagnons-de-Cartier de la commission scolaire Des Découvreurs. Québec: Université Laval.
Lave, J. et Wenger, E. (1991). Situated learning : Legitimate peripheral participation. Cambridge : Cambridge University Press.
Scardamalia, M., & Bereiter, C. (2006). Knowledge building: Theory, pedagogy, and technology. In K. Sawyer (Ed.), Cambridge Handbook of the Learning Sciences (pp. 97-118). New York: Cambridge University Press. http://ikit.org/fulltext/2006_KBTeory.pdf .
Mots-clés : communautés, communication, technologie éducative
